19.01.2010
Match Fac de droit c/ Vie de famille ouvrière
A la fac, nous nous sommes retrouvées avec plusieurs filles du lycée de Montreuil sous Bois. Elles étaient trois amies, je ne faisais pas partie des leurs, faute de goûts communs. J'ai vite fait connaissance avec quelques étudiants, redoublants, qui m'ont proposé de sècher mon premier cours pour aller traîner au café. Peu sortie dans ma jeunesse et peu habituée aux cafés parisiens, il m'avait été difficile de refuser. Après une courte hésitation, j'ai dit oui tout en étant remplie de culpabilité sur le chemin du "Marijan".
Après cela, il me fallait rentrer chez mes parents dans la banlieue 93 par l'itinéraire le plus varié en termes de transports en commun : Métro/RER/Bus. Après la fac et ses beaux et riches étudiants parisiens : le milieu de la banlieue et ses habitants tous calfeutrés après 20 h 00 et une journée de labeur. La mère prépare le dîner, il me faut quant à moi, mettre la table pendant que le père se remet de sa journée s'il est là et pas parti en déplacements pour la semaine.
Je ne sais pas ce qui est mieux : la présence ou l'absence du père. Quand il est là, il n'a pas l'air franchement heureux et noie son malheur dans l'alcool et quand il n'est pas là, ma mère, quant à elle, est souvent hystérique et possessive à mon égard.
Je tente parfois de comprendre mon père. Il est arrivé en France à l'âge de 18 ans, seul, il me semble. Ce qui est sûr, c'est que toute sa famille est restée dans son pays d'origine : le Maroc. Alors que son père était contre le protectorat français, son fils, lui avait choisi d'aller vivre en France dès sa plus tendre enfance. De son enfance, un court passage à l'école primaire, son père refusant qu'il fréquente l'école française, il est allé quelque temps à l'école coranique d'où il s'est fait renvoyer faute d'adhésion au projet pédagogique et religieux ! Il a appris à lire avec l'aide d'un vieux monsieur aveugle m'a-t-il raconté un jour, lire mais pas écrire. Alors à la maison, c'est maman qui s'occupait de tous les aspects administratifs de notre vie, y compris les rapports de travail que mon père devait rendre à sa société. Obligé de mentir, mon papa. Cela ne l'a pas empêcher d'évoluer professionnellement car il est intelligent. C'est aussi quelque chose que je ne comprends pas. Mon père, sans école, sans formation, a de multiples connaissances dans des matières aussi différentes que les sciences ou l'histoire, la géographie ... Sa soif de culture m'a toujours impressionné. Au contraire de ma mère qui n'accepte de s'ouvrir que sur quelques sujets bien limités. Et j'oubliais, c'est très important, il a également bon goût. Ce n'est pas parce que nous appartenons aux CSP inférieures qu'il faut mettre des chiens qui bougent leur tête sur la lunette arrière de notre voiture !
... A suivre ...
22:53 Publié dans société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : etudiants, famille, inégalités
17.01.2010
BEP, BAC, FAC
J'ai la rage au coeur. Rage irrationnelle.
Contre qui ? Contre ceux qui, issus d'un autre milieu que moi, prétendent justement défendre les gens issus de mon milieu.
Qui sont-ils ceux contre qui j'éprouve à la fois haine et admiration ? En général, ils sont issus de Sciences po, cette école dont j'ignorais l'existence même quand j'ai eu à faire mes propres choix d'études supérieures.
Pourquoi cette ignorance ? Orientée en BEP en fin de troisième, le seul choix proposé à l'issue de ce cycle professionnel : le marché du travail, ou mieux : un bac professionnel ou encore mieux : réintégrer la voie "normale", c'est-à-dire le lycée, mais en réalité pas par la porte de la voie générale, seulement par la petite porte : la voie technologique.
Sortie de ma formation courte et professionnalisante avec un avis très favorable pour reprendre le cycle interrompu, j'ai profité de cette passerelle généreuse mais limitée étant entendu que le seul accès et la seule possibilié est de rejoindre premièrement : une classe d'adaptation et deuxièmement : une seule série, la G. Pas d'accès possible en A, B et encore moins en C ou D. Non, non.
Seulement G ! (1992 Michel Sardou "le bac G"). Correspondance actuelle : STG semble-t-il. De la philo en terminale G, je ne me souviens que de deux auteurs. Sans doute, était-ce suffisant puisque notre avenir semblait limité à deux possibilités : là encore au marché du travail ou au BTS. Enfin, c'est ce qui était exlusivement recommandé par nos professeurs.
Un peu rebelle, j'ai choisi d'aller en Fac de Droit. La fac, l'une des seules filières qui n'est pas sélective et qui reste gratuite. Me voilà en Fac de droit à l'université Panthéon-Sorbonne. Rencontre avec le professeur de droit constitutionnel qui, très clairement élitiste, dissuade les quelques effrontés issus des terminales G qui ont osé prendre place pour s'enrichir d'une culture juridique. Quand je vois l'avance qu'ont sur moi les autres étudiants dans certaines matières, je regarde mon passé scolaire avec une certaine colère. Ce n'est pas à moi que j'en veux mais au système si rigide. La fameuse passerelle après l'obtention du BEP devrait permettre également un accès en Première générale sans pour autant supprimer la Première d'adaptation. Ce qui, en revanche, serait souhaitable c'est la modification de l'appellation "première d'adaptation" quelque peu stigmatisante pour les élèves motivés et désireux de se sortir de la voie exclusivement professionnalisante !
... A suivre...
22:17 Publié dans société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bac g, inégalités, à contre-courant

